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22
Sep

Accessibilité citoyenne aux enjeux éthiques d’une démocratie participative

Fertile Vision vous propose quelques éléments de réflexion autour de la démocratie participative, suite au rapport de synthèse des Etats Généraux de la Bioéthique 2026.

Les premiers États généraux de la bioéthique remontent à 2009 lors d’une large consultation publique (70 000 citoyens) suivie d’un rapport (2/07/2009) puis d’une proposition parlementaire qui permettra d’inscrire les États généraux de la bioéthique (EGB) dans la loi de bioéthique de 2011. Cette dernière désigne le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pour organiser les EGB préalablement à toute nouvelle loi de bioéthique. Ce fut le cas en 2018 pour la loi de 2021. Une façon d’institutionnaliser et de renforcer les liens entre démocratie participative et démocratie représentative.

Les États généraux de la bioéthique durant le premier semestre 2026 (EGB 2026) ont été organisés  par le CCNE qui a publié au mois de juillet dernier leur rapport de synthèse (https://www.ccne-ethique.fr/fr/rapports/etats-generaux-de-la-bioethique-2026-publication-du-rapport-de-synthese). Selon la chronologie habituelle, il appartiendra au CCNE de présenter son avis, attendu avant la fin de l’année.

Fertile Vision recommande la lecture de ce précieux rapport portant sur 10 thématiques proposées par le CCNE qui nous décrit aussi l’organisation mise en place, les fondements de l’éthique en matière de Santé au sens le plus large du terme  (OMS, « One Health ») et les enjeux de la démocratie en santé pour les générations présentes et futures.

Les thématiques abordées en 2026

La procréation, abordée une fois sur deux dans l’ensemble des auditions, est la thématique récurrente la plus sollicitée (26 % des auditions) suivie de la génétique et la médecine génomique (16 %). Parmi les nouvelles thématiques proposées par le CCNE,  les citoyens participant aux EGB se mobilisent particulièrement sur la prévention, la sobriété médicale et le juste soin, l’environnement et le climat, l’ IA et le numérique (de 12 à 10%).

L’autocritique de la méthode des EGB

Le rapport de synthèse expose les forces et faiblesses des EGB. Il s’agit essentiellement de  biais liés à la participation peu représentative de la population générale parmi lesquels 32 % des participants sont des étudiants majoritairement en Santé, les rencontres en région sont presque exclusivement organisées dans des villes excluant les territoires ruraux qui regroupent pourtant un tiers de la population dans 88 % des communes françaises, la composition du Comité citoyen (30 membres) quantitativement disproportionnée à une population de 68 millions d’habitants en dépit des critères qualitatifs de désignation.

Malgré les limites énoncées, le rapport souligne que ce modèle de démocratie participative appliquée à la bioéthique suscite un intérêt croissant particulièrement en Europe. Plusieurs pays s’en inspirent aujourd’hui pour construire leur propre dispositif : Portugal en 2026, Japon pour 2027, Irlande pour certaines thématiques depuis quelques années.

 

Les deux dimensions sur la bioéthique que les EGB 2026 nous invitent à considérer :

  • la bioéthique confrontée à la dimension globale de la santé
  • une bioéthique soucieuse des générations futures

 

À travers un certain nombre de points issus du rapport EGB 2026, nous proposons quelques éléments de réflexion sur l’accessibilité citoyenne aux enjeux éthiques d’une démocratie participative.

 

L’accessibilité citoyenne aux enjeux éthiques est superposable à celle de tous les déterminants de santé

Force est de constater qu’aucun des déterminants de santé biologiques ou génétiques n’est dissociable des conditions sociales de vie. Les situations de vulnérabilité accrue touchent toutes les générations depuis le désir d’enfant jusqu’à l’ultime finitude. L’épigénétisme est existentiel de nos déterminants sociaux. Pour reprendre ceux énoncés dans le rapport de synthèse : le niveau de richesse, d’éducation, la profession, le genre ou le lieu de vie.

L’inégalité sociale se conjugue avec l’inégalité de santé dans sa dimension la plus globale comme en témoignent les écarts de l’espérance de vie en bonne santé. Au niveau individuel et collectif, elle se traduit par l’illettrisme (10 % de la population des 18 – 64 ans en France selon l’INSEE en 2022), les discriminations tues ou cachées dont l’âgisme , la non-information ou la désinformation  qui ne cessent de s’amplifier depuis la COVID-19, sources de défiance et de comportements délétères.

 Une mention particulière est développée dans le rapport des EGB 2026, à propos de certains territoires d’outre-mer dont la situation socio-sanitaire conduit à un effondrement du nombre de soignants pour la demande de soins.

 

L’inégalité d’accès citoyen aux enjeux éthiques n’est pas une fatalité mais une opportunité de solidarité intergénérationnelle et de littératie

Le fait nouveau est la conscience de la place de la prévention du fait de l’avancée des sciences de la vie. Elle complète l’arsenal thérapeutique issu également de nouvelles technologies.

Deux exemples l’illustrent :  la santé mentale et le vieillissement naturel.

La santé mentale est une entité différente de la santé physique dont les dispositifs  visibles, identifiables et accessibles concernent toutes les générations et leur lieu de vie, d’enseignements, d’entreprises, de loisirs. La précocité de la prévention relève de compétences susceptibles de discerner sa justification du risque d’une fragilisation inutile pour un événement ponctuel.

La prévention du vieillissement concerne le vieillissement naturel et non le vieillissement pathologique lié à une maladie chronique. Le vieillissement pathologique peut relever d’avancées technologiques (domitisation) et/ou de nouvelles thérapies (cellulaires ou géniques). La prévention du vieillissement naturel consiste à dépister précocement par de simples tests accessibles et peu onéreux (Icope - OMS), des situations infracliniques (par exemple cognitives) lui permettant d’adapter ses conditions de vie et ses capacités à réaliser ce que chacun considère important à chaque étape de son vieillissement.

 

La solidarité intergénérationnelle croise notre vie quotidienne. Elle n’est pas à sens unique. Ses différentes formes vont des plus jeunes aux moins jeunes mais aussi des plus âgés aux moins âgés. En témoignent de nouvelles formes d’habitat partagé, une participation à l’éducation des enfants, à la contribution mutuelle des seniors actifs (expérience, soutien financier) et des jeunes générations (fracture numérique pour les plus anciens). De même la solidarité intergénérationnelle lutte contre la précarité, l’isolement dans certains quartiers citadins et en zones rurales désertifiées et contre la pollution. Le rapport de synthèse EGB 2026 fait référence aux propos d’Edgar Morin, tenus il y a 35 ans et toujours aussi actuels : « une société ne peut progresser en complexité que si elle progresse en solidarité ».

 

La littératie dont la première étape est l’alphabétisation, désigne l’aptitude à lire, à comprendre, à s’exprimer par la parole ou l’écriture pour échanger avec autrui jusqu’à participer, le cas échéant, au débat public.  Il est particulièrement utile dans une démocratie à la représentation nationale et sa gouvernance. La littératie telle que définie par de nombreuse instances internationales et européennes dont le Conseil de l’Europe à travers son guide sur la littératie en santé (2023) est le moyen le plus sûr pour lutter contre la désinformation et la non information. 

 Dans une certaine mesure, la solidarité intergénérationnelle contribue à la littératie.

L’accessibilité citoyenne aux enjeux éthiques ne justifie-t-elle pas, à elle seule, de renforcer le lien intergénérationnel dans une société inclusive, respectueuse des principes de dignité, de solidarité et d’autonomie,  soucieuse de liberté individuelle, d’altruisme et de protection de la personne ? À cet égard, une réflexion particulière ne doit-elle pas considérer la protection de la femme première enseignante, première et souvent dernière soignante lors de sa propre traversée de cinq à six générations et par elle, la transmission aux générations futures de ce qui justifie la littératie et les droits humains ?

Dernière modification le 25 septembre 2026 18:56

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