Citoyens concernés

Demandes monoparentales et homoparentales d’AMP avec don de spermatozoïdes
30 Juil

Demandes monoparentales et homoparentales d’AMP avec don de spermatozoïdes

Voilà une question en débat dans notre pays depuis plusieurs années : toute femme en désir d’enfant peut-elle bénéficier d’une assistance médicale à la procréation, quelle que soit sa situation socio-familiale et sans justification médicale obligée ?

Les trois lois françaises de bioéthique (1994,2004,2011) ont jusqu’à présent limité l’accès au couple hétérosexuel relevant d’une indication médicale de PMA. Afin que chaque internaute puisse se faire sa propre idée, nous présentons ici, de façon neutre, quelques tableaux soulignant les principaux arguments du débat.

Le sujet se limite aux indications sociétales du don de spermatozoïdes pour les femmes célibataires et les femmes en couple de même sexe. La PMA pour tous les hommes ne sera donc pas abordée puisqu’elle relève, en l’état actuel de la science, d’une gestation pour autrui (GPA) dont les enjeux éthiques sont tout autres et méritent d’être traités à part.

Tout d’abord il y a lieu de distinguer la demande selon qu’elle est à visée monoparentale (femme seule) ou homoparentale (couple de femmes).

Dans le cas de la famille monoparentale, l’absence délibérée de père relève de causes sociétales1 et parfois médicales2.

Le secret du mode de conception est possible3 pour l’enfant, la perception de l’altérité au sein du couple parental ne l’est pas.

A priori, l’enfant et son éventuelle fratrie sont exposés à une vulnérabilité financière plus importante et à une moindre disponibilité parentale que dans une famille bi-parentale.

Dans le cas des familles homoparentales, l’enfant perçoit l’altérité des deux parents mais ne peut ignorer le mode de sa propre conception, sa mère biologique et parfois son père biologique si le recours au tiers donneur de spermatozoïdes s’est fait en dehors d’un cadre médical imposant l’anonymat du donneur.

Dans les deux cas, le devenir des enfants est encore mal connu, il n’est pas totalement superposable aux enfants nés d’une conception naturelle.

Les études sur les enfants issus de familles monoparentales par choix après IAD sont peu nombreuses, les effectifs sont faibles et les enfants encore très jeunes. Ces familles monoparentales contrairement aux autres ne souffrent pas des conséquences psychologiques de la séparation de parents.

Les études d’enfants élevés par un couple homoparental ne semblent pas objectiver de conséquences néfastes sur l’enfant. En fait, la grande majorité de ces études concerne des enfants issus d’un couple hétérosexuel. Rares sont aussi les études d’enfants à la fois conçus (par IAD) et élevés par un couple de lesbiennes et encore plus rares, et a fortiori celles d’enfants devenus adolescents ou adultes.

Protagonistes et détracteurs de « la PMA pour toutes » ont des arguments qui méritent d’être énoncés afin d’éviter les pièges d’une éthique à l’emporte-pièce, peu respectueuse de la réalité des problématiques4.

Comme vous le voyez sur ce tableau qui en fait la synthèse, les arguments en faveur de l’indication sociétale de don de spermatozoïdes se portent préférentiellement sur les personnes en demande, les arguments contre sur l’enfant à naître.

Les premiers mettent en avant l’égalité d’accès à la PMA pour toutes les femmes, leur autonomie décisionnelle, les garanties sécuritaires de la médecine de la reproduction ainsi que l’évolution sociétale de la famille et des mœurs.

Les arguments « contre » dénoncent la pression sociale d’un droit à l’enfant au détriment du droit de l’enfant à avoir un père, à connaître ses origines5 par une levée partielle ou complète de l’anonymat du donneur, à avoir deux lignages. De même est soulevée la pénurie des donneurs de spermatozoïdes en France et son retentissement sur les délais pour répondre aux demandes médicales. Cette question est difficile à trancher, la demande française représenterait près de 60 % de l’activité de nos pays voisins tels que l’Espagne et la Belgique mais cette activité reste mineure en Europe par rapport à l’ensemble des PMA (moins de 1%).

 


 

1 Quelle qu'en soit la raison, la femme n'a pas trouvé le partenaire de sa vie.

2 Il peut s'agir par exemple de troubles de la sexualité réversibles dans le cadre d'une prise en charge médicale et psychologique.

3 Le secret du mode de conception au même titre que le manteau de Noé (scène primitive lors de la conception naturelle) aide à l’intégration initiatique de l’enfant dans son histoire familiale. Il protège l'anonymat du tiers donneur et, s'il n'est pas levé, les complications de sa révélation tardive. En effet, elle peut devenir insupportable lorsqu’elle dissimule des tiers qui n’ont aucun lien avec sa famille. Chaque vérité cachée devient alors un vide à combler dans la construction de sa personnalité.

4 Récemment, un commentateur d'une chaîne télévisée considérait que dans la mesure où une femme seule pouvait adopter en France, il n'y avait aucune raison pour l'empêcher d'accéder à la PMA. Il oubliait tout simplement la différence fondamentale entre adoption et PMA, l'une permettant à un enfant né d'avoir des parents (sociaux) et l'autre permettant de répondre à un désir d'enfant. Cet exemple illustre bien que pour prévenir la mise en danger de la réflexion éthique, le débat public doit reposer sur des bases cognitives vraies. Les médias ont leur part de responsabilité en la matière.

5 Une autre question est de savoir si mode de conception et généalogie fondent à eux seuls les origines et leur quête.

 


 

Livres parus sur le sujet en 2018 avec quelques liens d’interviews :

 

  •  « Pour la PMA » François Olivennes, JC Lattès, mai 2018

PMA : le gynécologue François Olivennes dénonce "beaucoup de contre-vérités"

François Olivennes : un médecin pour la PMA

Professeur Munnich : «La PMA pour des raisons sociétales me choque»

 

  •  « La PMA, un enjeu de société », Aude Mirkovic, Artege, mars 2018 « Ce n’est pas à la loi de priver un enfant de père »

Polémique sur la PMA : Aude Mirkovic face à Caroline Mécary et François de Singly

 

  •  « Mon corps ne vous appartient pas » Marianne Durano , Albin Michel, janvier 2018

La procréation est-elle un marché comme les autres ? avec Marianne Durano

Dernière modification le mardi, 07 août 2018 10:15
Jacques Montagut

Jacques Montagut s'investit pour faire connaître et reconnaître la médecine et la biologie de la reproduction ainsi que les questions éthiques soulevées par l’avancée de la connaissance dans ce domaine. Il a siégé dans différentes instances ministérielles et éthiques. Il décide aujourd’hui de favoriser la réflexion et le débat sur le site Internet de Fertile Vision.

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