Citoyens concernés

Demandes sociétales de conservation ovocytaire
31 Jan

Demandes sociétales de conservation ovocytaire

Elles se rajoutent aux demandes d’origine pathologique. 

Il est intéressant de voir s’opposer ceux qui considèrent qu’il n’y a pas d’objection morale pertinente à conserver des ovocytes entre les femmes en bonne santé et celles survivant d’un cancer et ceux qui au contraire estiment que l’autoconservation ovocytaire ne doit être utilisée que pour une raison médicale même pour celles survivant à un cancer, en restant limitée aux femmes en âge de procréer. Cette dernière position ne répond pas cependant aux femmes en bonne santé qui souhaiteraient préserver leurs ovocytes afin de prévenir les effets d’un cancer potentiel sur leur fertilité. 

En fait, les argumentaires sont bien plus multiples. Ce tableau énumère les « pour « et les « contre » dont les mêmes parfois sont mis en tension éthique. Il appartient à chacun de se faire sa propre idée, en les plaçant peut-être dans une échelle de valeurs. Le système n’est pas binaire. C’est souvent la solution la moins pire et en tous cas, la plus humaine qui soit, qui finit par prévaloir.

Les arguments « pour » sont nombreux. Ils mettent en avant l’autonomie de la personne dont les publications internationales démontrent que la raison principale du recours à l’auto conservation ovocytaire est l’absence de partenaire au moment de la demande et très rarement un projet de carrière. Le principe de bienfaisance est également retenu dans la mesure où des ovocytes jeunes (femmes âgées de moins de 35 ans) exposent l’enfant à naître à moins de risques chromosomiques. Le principe de justice peut aussi être mis en avant en mettant à égalité de moyens la femme et l’homme de la cinquantaine ainsi que toutes les femmes relevant ou non d’un traitement d’infertilité. 

Face à ces arguments, s’opposent ceux qui reprochent l’absence de garanties formelles de résultats (ce que n’assure pas non plus la nature), le caractère expérimental de la procédure (ce que contredisent les publications internationales depuis 2016). L’argumentation « contre » est plus percutante lorsqu’elle soulève les risques pour la grossesse liés à un âge maternel avancé ainsi que les préjudices psychosociaux pour l’enfant. La réponse apportée est dans l’exigence d’une information médicale complète de ces risques avant la décision d’y consentir ou de ne pas y consentir. 

De même, le tableau met en tension éthique les arguments « pour » et « contre » à partir de critères semblables. L’attachement à la parentalité biologique parfois pour des objections morales en défaveur du don d’ovocytes s’oppose aux possibilités de choix ultérieur de maternité (don d’ovocytes, adoption). Le recours à la conservation ovocytaire dans le monde du travail (qui semble rare dans les pays autorisant la préservation ovocytaire des femmes en bonne santé) oppose la liberté de procréer en cas de projet de carrière au risque d’oppression sociale dans le marché du travail. Les questions d’ordre financier soulèvent l’inégalité socio-économique en cas d’absence de prise en charge par la collectivité mais aussi l’économie de santé évitant des prises en charge médicales coûteuses et peu efficaces sur des ovocytes issus de réserves ovariennes trop avancées en âge. Les études manquent en terme de rentabilité pour la collectivité du fait notamment, que les demandes de préservation ovocytaire en dehors d’un cadre médical sont peu nombreuses dans les pays qui l’autorisent en Europe.

Un certain nombre d’institutions ont rédigé des avis parfois contradictoires. 

Toutes les sociétés savantes sont favorables pour des raisons et sous des conditions quelque peu  différentes.

 Ils sont tous respectables dès lors que l’état de la connaissance a pu être actualisé par rapport à la date de la publication de l’avis.

Vous pouvez consulter les avis de l’ESHRE (2012), le CNGOF (2012), l’Académie de médecine (2017), le CCNE (2017).

Je vous retrouve sur le forum pour en débattre et soulever les questions qui vous semblent nécessaires et souhaitables.

 

Dernière modification le jeudi, 29 mars 2018 15:27
Jacques Montagut

Jacques Montagut s'investit pour faire connaître et reconnaître la médecine et la biologie de la reproduction ainsi que les questions éthiques soulevées par l’avancée de la connaissance dans ce domaine. Il a siégé dans différentes instances ministérielles et éthiques. Il décide aujourd’hui de favoriser la réflexion et le débat sur le site Internet de Fertile Vision.

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