Citoyens concernés

La résilience des personnes âgées en situation de catastrophe pandémique
24 Mar

La résilience des personnes âgées en situation de catastrophe pandémique

La pandémie Covid-19 illustre par ses conséquences médicales, sociales et économiques, la dimension de catastrophe1 avec ses redoutables psycho-traumatismes particulièrement subis par les plus vulnérables d’entre nous au premier rang desquels, les personnes d’un grand âge et leurs éventuelles comorbidités.

Contrairement à la souffrance qui a fait partie de leur condition humaine durant leur parcours de vie, la pandémie a provoqué pour un grand nombre d’entre elles, une agonie psychique brutale. L’issue par la résilience fut souvent compromise par une sidération post-traumatique de trop longue durée et ceci à divers titres.

Or le vieillissement n’est pas en tant que tel un obstacle à la résilience qui est possible à chaque âge de la vie. Il s’agit en effet d’un mécanisme de défense permettant de rebondir en faisant renaître une autre manière de vivre, selon la signification donnée au traumatisme en cause. Sa réussite dépend certes des acquis sélectionnés par la vie avant le traumatisme mais aussi des capacités de rebondir par un soutien affectif immédiat de son environnement où que la personne d’un grand âge se trouve, en hébergement ou à domicile. Ici aussi, le poids des mots compte : déplacement et non placement en résidence, soutien et non maintien à domicile, au nom du refus absolu de réifier la personne humaine quel que soit son âge.

Le déplacement en hébergement est vécu comme un déchirement ou au contraire comme une sécurisation des conditions de vie. De même l’aide à domicile sécurise dans un milieu familier mais parfois son acharnement pour une personne trop seule, souvent mal traitée (défauts de protection de la personne et de ses biens) contrevient au respect de sa dignité. Les capacités de résilience sont d’abord individuelles mais aussi collectives (famille, aidants sociaux, soignants).

La rupture du lien social source d’isolement à l’endroit de l’altérité, renforcée en période de confinement par l’interdiction de visites, la privation de liens internes en hébergement, se manifeste par une détresse morale. Elle induit, en l’absence de soutien immédiat, un syndrome de glissement avec altération physique, dénutrition, troubles cognitifs, mortifère en lieu et place de la Covid 19. La neuro-imagerie objective aujourd’hui qu’un cerveau sans altérité s’atrophie. Ce qui fonde l’intérêt d’une niche sensorielle selon le concept de « psycho-écologie » de Boris Cyrulnik2. La rapidité du délai interventionnel sécurisant un soutien affectif stable et la progressive réappropriation sensorielle de l’altérité conditionneront la récupération d’une vie humaine plus acceptable, À titre d’exemple, un déficit de la mémoire des mots peut rendre le langage et la communication difficiles (Alzheimer ou équivalents) : ne pas les prendre en compte en faisant appel à d’autres moyens sensoriels de communication que ceux de la parole (gestes, images, musique), aggrave le glissement et l’enfermement de la personne mais aussi de sa famille dans un engrenage de moins en moins supportable. Ainsi l’importance du traumatisme dépendra de la signification qu’en fera la personne avec ses capacités sensorielles.

Facteurs de résilience pour la personne âgée lors d’un traumatisme psycho-affectif à la lumière de la pandémie virale du Covid 19

Selon le niveau cognitif de la personne âgée, évaluer son besoin d’attachement pour une indispensable stabilité affective peut être complexe, souvent entravé par une perception inappropriée de son âge physiologique. Cette évaluation demeure essentielle pour éviter le risque d’excès « en trop » d’attachement défavorable à son autonomie et susceptible d’involuer vers la soumission à un enfermement ou celui d’excès « en moins », vécu comme l’abandon à ce même enfermement. Ces deux risques inhumains amplifient gravement le traumatisme psycho-affectif de la personne âgée dont le lâcher-prise par une défense régressive fera obstacle à la résilience. Une telle violation du principe de non-malfaisance porte atteinte à la dignité de son être et peut l’entraîner voire la précipiter dans la spirale du glissement vers la fin de vie.

Par ailleurs, en matière de fin de vie, Il y a lieu de mentionner pour certains, celle du choix délibéré et consenti avec conscience, d’une fin de vie dans la dignité, préalablement exprimée en cas d’agonie psychique ou de syndrome psycho-traumatique. Il s’inscrit pour la société dans une force d’obligation suffisante pour valider un accompagnement de fin de vie, respectueux du droit de mourir dans la dignité. Pour d’autres, selon leurs croyances, la résilience offre la possibilité de réaliser le sens premier de l’être en vie, le rapport intime de leur être singulièrement vivant dans la poursuite d’une relation entretenue avec la mort et son au-delà. Dans les deux cas, la liberté de conscience respectueuse de la dignité humaine s’inscrit légitimement dans le principe premier de la primauté de la personne auquel notre culture est fondamentalement attachée.

En situation de catastrophe, la résilience concerne non seulement l’individu et la collectivité qui l’entoure mais aussi la Société. Il relève du décideur politique d’anticiper les situations de catastrophe à travers un contrat social dans l’intérêt de la personne. En cas de situation d’extrême urgence, les moyens mis en œuvre par précaution doivent être proportionnés, transitoires et réversibles. Il y va de la responsabilité de l’État d’urgence comme de l’État de droit dans la protection de la personne âgée mais aussi dans celle des générations futures. La réversibilité d’une disposition est parfois considérée, à tort, au regard de l’opinion publique, comme le recul d’un « droit au progrès » derrière le masque du bien public. Elle est au contraire un degré de liberté essentiel à la capacité de résilience des soignants et des soignés ainsi qu’au développement de la recherche dont la seule valeur objective est la vérité scientifique, ce que n’ont pas manqué de nous rappeler la dernière pandémie et celles qui l’ont précédée.

Comment ne pas penser en mars 2022 que la résilience de la personne, de la collectivité et de la société contribuent à la reconstruction indispensable d’une nouvelle manière de vivre après une catastrophe naturelle, pandémique et a fortiori de guerre.

____________________________

1 étymologiquement : du grec Kata (césure vers le bas) strophê (renversement), virement à la déchéance
2 in «Des âmes et des saisons : Psycho-écologie», Boris Cyrulnik, Odile Jacob 2021)

Dernière modification le jeudi, 24 mars 2022 16:02
Jacques Montagut

Jacques Montagut s'investit pour faire connaître et reconnaître la médecine et la biologie de la reproduction ainsi que les questions éthiques soulevées par l’avancée de la connaissance dans ce domaine. Il a siégé dans différentes instances ministérielles et éthiques. Il décide aujourd’hui de favoriser la réflexion et le débat sur le site Internet de Fertile Vision.

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'entrer toutes les informations requises, indiquées par un astérisque (*). Le code HTML n'est pas autorisé.

GLOSSAIRE

CONTACT