Citoyens concernés

Analyse et résultats du débat avec votes interactifs sur Ethique et greffe d’utérus (4 octobre 2019)
06 Nov

Analyse et résultats du débat avec votes interactifs sur Ethique et greffe d’utérus (4 octobre 2019)

Comme vous pouvez le visualiser sur la retransmission intégrale du débat, les votes ont fait suite à la présentation des aspects éthico-scientifiques et éthico-juridiques ainsi que d’un débat préalable à chaque question posée aux participants présents dans la salle.

Sur les 88 participants en salle, seulement 9 soit 10 % n’ont jamais pris part au vote.
La répartition des votants est de 19 hommes pour 60 femmes. Celle des votants par tranche d’âge objective une majorité de participants de plus de 40 ans. En effet, 79 % des femmes ont plus de 40 ans (79 %) et seulement 10% des hommes ont moins de 40 ans.

 

La répartition des catégories professionnelles participant aux votes s’équilibre entre 58% de soignants et 42% de non soignants comme l’indique la figure ci-dessous. A noter une participation effective d’associations de patient(e)s.

 

Après avoir évoqué les arguments « contre » et les arguments « pour » considérer la transplantation utérine comme relevant d’un don d’organes à part entière ou de l’étape intégrée d’une assistance médicale à la procréation avec fécondation in vitro, les résultats toutes catégories confondues sont de 20 % d’indécis, 20 % en faveur d’un don d’organes « comme les autres » et 60 % comme une étape intégrée à une AMP. Il n’existe pas de différence générationnelle mais des différences selon la catégorie professionnelle. Si 70% des soignants vs 38% des non soignants ne désolidarisent pas la greffe d’utérus d’une AMP, les indécis sont deux fois plus nombreux pour les non soignants (37% vs 15%).

 

 

Alors que les arguments « en faveur » et « en défaveur » de la transplantation utérine comme alternative à la GPA pour les stérilités utérines ont été débattus et votés avant de prendre position sur la question, un souci de simplification de la présentation analytique des résultats nous conduit à considérer le premier tableau suivant :

La même proportion d’hommes que de femmes est favorable à la greffe utérine dans le cadre de stérilités utérines. À l’âge de recevoir une transplantation utérine, 57 % des femmes sont défavorables alors qu’à l’âge de donner, 76 % des femmes sont favorables à la greffe utérine comme alternative à la GPA pour les stérilités utérines.

La catégorie regroupant les soignants (spécialistes AMP, gynécologues, sage-femmes et autres soignants) est plus majoritairement favorable (76 %) que les non-soignants (56% : Sciences Sociales, industries concernées, associations, étudiants et autres).

Il est intéressant de noter que les arguments retenus préférentiellement par les < 40ans sont les mêmes que leur vôtes aient été favorables ou défavorables à la transplantation utérine comme alternative à la GPA pour les stérilités utérines. Il en est de même pour les votants de ≥ 40 ans qui ont voté favorablement. Leurs arguments « contre » retenus prioritairement sont les risques d’échec côté receveuse mais aussi donneuse, les arguments « pour » : la liberté de procréer et la possibilité d’éviter la GPA.

Les arguments de ceux qui ont voté en défaveur de la greffe utérine et dont l’âge est ≥ 40 ans sont parmi les arguments « contre » :  le risque d’échec pour la donneuse (probablement légitimé par leur âge d’être donneuse) et le coût de l’enfant issu d’une AMP avec greffe utérine. Leurs arguments « pour » associent comme précédemment la liberté de procréer au principe d’autonomie décisionnelle de la receveuse (plutôt que d’éviter le recours à la GPA).

Parmi les arguments « contre », au fur et à mesure que l’âge de la votante augmente, par tranche de décennies, le risque d’échec de la greffe utérine est de moins en moins pris en compte au profit du coût d’obtention d’un enfant issu aujourd’hui d’une greffe utérine.

Parmi les arguments « pour », les femmes associent le plus souvent la liberté de procréer à l’évitement de la GPA et les hommes le principe d’autonomie pour la receveuse et la donneuse à également l’évitement de la GPA.

Parmi les catégories professionnelles de soignants, au premier rang desquels les spécialistes de la PMA, le risque d’échec de la greffe utérine est retenu prioritairement comme argument « contre » et le principe d’autonomie comme argument « pour ». Les sages-femmes s’en distinguent en donnant plus d’importance au risque d’échec de la donneuse d’un côté et à la liberté de procréer de l’autre.

L’argument premier retenu par la catégorie des non-soignants est parmi les arguments « contre » le coût de la réussite, parmi les arguments « pour » celui d’éviter la GPA ainsi que la liberté de procréer.

Il y a donc une nette différence d’appréciation entre les votes des soignants et des non-soignants en dehors de la position des associations de patients, superposable à celle des soignants pour les risques d’échec dans les arguments « contre ».

Une question anticipative fut présentée aux participants à propos d’une indication sociétale qui pourrait être abordée dans un proche avenir en cas de saut technologique notamment de bio-ingénierie, supprimant le risque pour la donneuse et l’immunosuppression pour la receveuse. La question concerne la demande déjà exprimée par des transgenres (homme-femme). Elle est déjà à l’étude dans certains pays.

Non sans considérer l’effet surprise de la question, une petite majorité est défavorable. Le recoupement avec les questions précédentes objective que 25 % des indécis aux indications médicales de greffe utérine et 30 % de ceux qui y sont défavorables, sont favorables aux demandes d’orientations personnelles transgenres. Même si l’étude dans certains pays de la possibilité de dons croisés entre transgenres (H→F et F→H) est évoquée au cours du débat, ce résultat démontre déjà le distinguo effectué entre indications médicales et indications sociétales de greffe utérine.

 

La dernière question, un peu incontournable, porte sur la prise en charge par l’État (sécurité sociale),  de la transplantation utérine, même si son coût global n’a pas encore fait l’objet d’une étude approfondie.

Une large majorité des votants est favorable à la prise en charge de la greffe utérine par l’assurance-maladie pour des indications médicales. Les tranches d’âge < 40 ans sont proportionnellement les plus défavorables (38%) et en même temps les plus favorables à ne pas faire de distinction dans la prise en charge, entre les indications médicales et de possibles indications sociétales dans le futur. Parmi les soignants, les sages-femmes sont les plus favorables à la prise en charge des indications sociétales (20 %) ainsi que, parmi les non-soignants, 25 % des membres d’associations présentes.

Le recoupement des votes ne manque pas d’intérêt, tel qu’il figure au tableau ci-dessous.

En effet, les votes défavorables à la greffe utérine pour indications médicales et comme alternative à la GPA sont logiquement les plus opposés à la prise en charge de la greffe utérine par la sécurité sociale avec cependant, un pourcentage de votants en faveur du remboursement des indications sociétales comme médicales de 11%, superposable à celui des partisans de la greffe pour les stérilités utérines. Cette position est cohérente avec le vote sur les demandes transgenres.

 

En conclusion, ce premier débat éthique avec vote interactif sur la greffe d’utérus, a le mérite d’exister, en plein débat parlementaire pour la prochaine loi de bioéthique dont le projet n’a pas retenu cette thématique pas plus que la GPA.

La greffe utérine pour indications médicales est de moins en moins expérimentale puisque le dernier recensement publié (14 août 2019) fait état d’une soixantaine d’interventions dans le monde avec la naissance à cette date  de 18 enfants.

Le public participant à ce débat peut être considéré comme averti et ouvert à l’actualisation des données en la matière, ce qui crédibilise à ce jour, ses positions en l’état de la connaissance.

Eviter la GPA est l’argument de poids en faveur de la greffe utérine en dépit des risques d’échec encore trop élevés. C’est en fait une question d’appréciation éthique entre le don d’utérus et son prêt, le temps d’une gestation.

Les indications médicales mais aussi sociétales de la transplantation utérine feront l’objet de nombreux débats avant la prochaine loi de bioéthique, d’ici 2025. Le suivi de son évolution technologique et de son acceptabilité par la société sont les enjeux à venir de ce nouveau sujet de veille éthique.

Dernière modification le mercredi, 06 novembre 2019 12:13
Jacques Montagut

Jacques Montagut s'investit pour faire connaître et reconnaître la médecine et la biologie de la reproduction ainsi que les questions éthiques soulevées par l’avancée de la connaissance dans ce domaine. Il a siégé dans différentes instances ministérielles et éthiques. Il décide aujourd’hui de favoriser la réflexion et le débat sur le site Internet de Fertile Vision.

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